Immigration : le choix des expulsions plutôt que l'intégration

Publié le par Alixte

La politique française a été clouée au pilori par les experts du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (Cerd).

La France, comme 173 autres pays, a ratifié, en 1965, la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discriminations raciales. Entrée en vigueur le 4 janvier 1965, cette convention réaffirme que "les droits de l'homme sont identiques pour tous sans distinction aucune, notamment de race, de couleur ou d'origine nationale".

Le débat sur l’identité nationale, la politique d’expulsion des Roms, la non reconnaissance du droit des minorités dans la législation, ainsi que le durcissement du discours politique : le pays des droits de l'Homme a été sévèrement rappelé à l'ordre par les experts de l'ONU.

 

Expulsions des Roms : une stigmatisation dangereuse

 

Face à une recrudescence des actes racistes et xénophobes en France, le gouvernement répond par le démantèlement de plus de quarante campements roms en quinze jours, soit environ 700 personnes - sur 15 000 Roms vivant sur le territoire français - qui devront retourner dans leur pays d'origine, la Roumanie et la Bulgarie.

Le gouvernement français parle de retour volontaire, les Roms ayant accepté 300 euros par adulte expulsés et 100 euros par enfant mineur... La plupart reviendront car, dans leur pays, ils sont victimes de fortes discriminations.

Rappelons que la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l'Union européenne en 2007 et qu'en vertu d'un régime transitoire, ils peuvent entrer en France sans formalité particulière et y rester trois mois sans avoir à justifier d'une activité. 

Au lieu de trouver des solutions : collaborer à l'insertion de cette population en renforçant les programmes de lutte contre les discriminations dont sont victimes les Roms en France et en Europe, favoriser leur insertion dans leur pays d'origine, le gouvernement français opte pour les expulsions.

 

Inquiétudes et critiques de la communauté internationale et des médias

 

Ces expulsions provoquent des tensions entre Paris et Bucarest. Le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, se déclare inquiet des "risques de dérapage populiste" et de "réactions xénophobes" sur la question des Roms en France. Il ajoute : "Si nous criminalisons à titre collectif des groupes ethniques, nous ressucitons des souvenirs parmi les moins plaisants."

De son côté, la Commission européenne rappelle que la "France doit respecter les règles concernant la liberté de circulation, la liberté d'établissement et la protection" des citoyens européens. "La Commission européenne a défendu de façon constante et continue de défendre la nécessité d'une intégration sociale" des Roms dans tous les pays de l'Union, indique Amelia Torres, porte-parole de la Commission.

La presse internationale n'a pas tardé à réagir également.

Le Devoir, quotidien québécois, affirme : "Cette escalade contre les immigrants, les Roms et autres 'déviants' est une contradiction de la trilogie républicaine - liberté, égalité, fraternité -, ainsi que de l'article 1 de la Constitution."

Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung attaque Sarkozy : "Le gouvernement devrait travailler à l'intégration des Roms, soit aider à ce que la situation s'améliore assez en Roumanie pour qu'ils restent là-bas. Mais, d'une façon ou d'une autre, cela demande patience, argent et résolution. C'est-à-dire tout ce qui fait défaut à Nicolas Sarkozy. Il multiplie donc les gesticulations, croyant faire montre de force alors qu'il révèle ainsi sa faiblesse."

Le New York Times emploie, quant à lui, des termes choc pour dénoncer la politique de Nicolas Sarkozy : "Xénophobie ! chasser le non-Français".

Le Times évoque le "souvenir de la Gestapo".

La presse bulgare est très hostile à la politique du gouvernement français. Le quotidien d'opposition Sepa évoque "la déportation officielle la plus massive d'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale", et se demande s'il faut "rétablir le communisme pour les Roms" dans le pays (durant la période soviétique, chaque citoyen devait avoir une autorisation de sortie officielle pour quitter le territoire).

Le Wall Street Journal tente d'expliquer pourquoi le gouvernement français se focalise de manière impromptue sur  les Roms : Cette "manoeuvre populiste" a pour objectif de "faire oublier de récents échecs politiques", citant les élections régionales, l'affaire Bettencourt, la mauvaise santé économique du pays.

 

Il est plus facile de montrer du doigt une population que de s'intéresser à la cause de son errance.

Plutôt que ces expulsions, pourquoi ne pas profiter de la richesse de la France, de ses strucutres, pour accueillir ces populations, scolariser ces enfants - ce que prévoit la Convention internationale des droits de l'enfant - et ainsi opter pour l'intégration ? 

 

 

Alixte

 

 

Pour plus d'information

  

Bibliographie

 

Dr Marcel Courtiade, "Les Rroms dans le contexte des peuples européens sans territoire compact" (rapport rédigé pour le Conseil de l'Europe dans le cadre du séminaire "Rroms et groupes analogues", organisé en 2003 à Strasbourg)

http://www.sivola.net/download/Peuples%20sans%20territoire%20compact.pdf

 

"Diversité Ville-École-Intégration", décembre 2009, n° 159 : Roms, Tsiganes et Gens du voyage

http://www.sceren.com/cyber-librairie-cndp.asp?l=diversite-n-159-decembre-2009&prod=227041

 

HUBERT M.-C., FILHOL E., Les Tsiganes en France : un sort à part, 1939-1946, Paris, Editions Perrin, 2009

http://www.editions-perrin.fr/fiche.php?F_ean13=9782262030636

 

LIEGEOIS J.-P., Minorité et scolarité : le parcours tsigane, Toulouse, CRDP de Midi-Pyrénées

http://www.ac-nancy-metz.fr/casnav/crd/bibliotsi/minorite.htm

  

 

Sitographie

 

Études Tsiganes

http://www.etudestsiganes.asso.fr/

 

Le blog de l'Association "La Voix des Rroms"

http://rroms.blogspot.com/

 

Collectif National Droits de l'Homme ROMEUROPE

http://www.romeurope.org/

 

 

Conventions / Institutions



Centre académique pour la scolarisation des élèves nouvellement arrivés en France et des enfants du voyage

http://casnav.ac-creteil.fr/spip/

 

Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights: Committee on the Elimination of Racial Discrimination

http://www2.ohchr.org/english/bodies/cerd/

 

Convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations raciales

http://www.aidh.org/Racisme/T_Discrim_02.htm

 

Convention internationale des droits de l'enfant / The Convention on the Rights of the Child

http://www.droitsenfant.com/cide.htm

http://www.unicef.org/rightsite/

 

Amnesty International, "L'Europe doit rompre le cycle de la discrimination envers les Roms"

http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/report/europe-must-break-cycle-discrimination-facing-roma-2010-04-06

 

 

Articles de presse



Le Monde diplomatique, "Roms et gens du voyage : l'histoire d'une persécution transnationale"

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-07-29-Roms

 

The New York Times, "Xenophobia: Casting Out the Un-French"

http://groups.google.com/group/soc.culture.indian/browse_thread/thread/d82615fd7ad96811

 

The Times, "Sarkozy expels Roma to spark memories of Gestapo"

http://www.kweeper.com/gbos/image/96125

 

Le Nouvel Obs, "L'ONU s'inquiète des discriminations en France, Paris se défend"

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100812.OBS8422/l-onu-s-inquiete-des-discriminations-en-france-paris-se-defend.html

 

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